lundi 2 mars 2020

NON

lundi 7h15: Je me lève et je me casse, « désormais, on se lève et on se barre » comme l’a si bien écrit Virginie Despentes dimanche 1/3/20, et je vois dès ce matin un parallèle flagrant avec ma réaction à l’hôpital la semaine dernière avant même d’avoir lu son texte. Je me lève et je me casse, je l’ai fait deux fois mercredi, deux jours avant Adèle (et je l’avais déjà fait plusieurs fois les dernières années), maintenant j’appellerai ça « faire une Adèle H » mais quand je l’ai vue, j’ai pensé tout de suite « houla, elle nous fait une « Julie H », elle s’est levée devant mille personnes, elle s’est barrée, moi, jamais plus de 50, dans la réalité ou dans le virtuel. C’est lourd de sens, c’est violent sans l’être, c’est symbolique, ça matérialise ce refus : ça suffit, qu’on nous prenne pour des connes et des cons, qu’on nous imagine trop débiles pour comprendre, qu’on nous chie à la gueule ouvertement, ça suffit le manque de respect, ça suffit de se faire imposer des choses parce qu’on est « les petits », ça suffit de tolérer l’inacceptable. Stop. S’il faut se lever et partir pour montrer son désaccord, faisons-le toutes et tous. Je ne récupère absolument pas ce qui s’est passé ce WE dans le monde culturel français et les combats que je mène sont bien loin et bien plus personnels que ces combats très dignes que je soutiens (et dans lesquels je m’engagerais davantage si j’avais plus de temps), mais je m’associe à une réaction que j’ai eue, moi aussi, deux jours avant, se lever et se barrer, c’est primaire, ce n’est pas constructif diront certains et bien, je m’en branle !

Le bonnet de chimio j’ai accepté, le PAC j’ai accepté, les prises de sang à domicile tous les jours j’ai accepté, la préservation de la fertilité par ovariectomie j’ai accepté, le visage bouffi par la cortisone j’ai accepté , la privation de liberté j’ai accepté, les ponctions faites par l’assistante qui s’y reprend à 4x pour charcuter le dos de ma fille j’ai accepté, 5 personnes dans la chambre qui observent j’ai accepté, l’enfermement en unité stérile j’ai accepté , les reports de traitement j’ai accepté, les régimes alimentaires j’ai accepté, l’annulation des vacances j’ai accepté, passer à mi-temps pour gagner un salaire de merde j’ai accepté.

J’ai accepté tout ça au nom de la guérison, de mon ignorance, d’un combat contre la maladie. Mais ma fille dans un fauteuil roulant parce qu’on a négligé de suivre de près les dégâts causés par la cortisone (censée la soigner), je refuse, et je refuse qu’on s’adresse à moi comme à une merde, je refuse qu’on n’envisage aucune alternative, je refuse qu’on ose la priver de liberté, je refuse les « mais ça va aller, vous avez des ressources, vous allez trouver des solutions »,  je refuse parce que putain de merde, tu sais pas ce que c’est, moi-même je ne suis pas dans la tête d’une gamine de 12 ans...

Peut-être qu’en ce moment je suis trop autocentrée sur notre malheur, certainement je suis incapable de me réjouir pour les autres (c’est dur de lever son nez de son petit trou du cul bourgeois), probablement je dresse des obstacles à la communication mais sincèrement, seul on n’y arrive plus, après 18 mois on est exténué. Alors oui, je me casse, je tourne les talons aux médecins qui me manquent de respect, à l’institution médicale qui ne fait pas son travail, aux gens qui ne sont pas là pour moi au moment où j’en ai besoin parce que je suis perdue, aux donneurs de leçon, à la positive attitude ... je leur dit merde et si j’avais été Adèle, j’aurais ponctué ce départ d’un beau gros FUCK avec le doigt.

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